24 novembre 2011

Action et actualités

ÉVALUATION ET AVANCEMENT DES PERSONNELS DANS LES MAINS DU SEUL CHEF D’ETABLISSEMENT ? INACCEPTABLE !

ÉVALUATION ET AVANCEMENT DES PERSONNELS DANS LES MAINS DU SEUL CHEF D’ETABLISSEMENT ?
INACCEPTABLE !

Crise des dettes publiques invoquée sans cesse pour justifier et exiger des salariés des « sacrifices » toujours plus nombreux, spectre de la faillite des États agité pour anesthésier les peuples, vieilles rengaines électorales sur la fraude au système social français ressassées pour rogner le périmètre de celui-ci, tout cela servant ces derniers jours de justification à la chasse aux malades et aux fonctionnaires…

C’est dans ce contexte, où le Budget 2012 prévoit 14 000 nouvelles suppressions de postes dans l’Éducation, où nos conditions de travail ne cessent de se dégrader, où les prétendues « réformes » décidées à l’emporte-pièce et imposées sans concertation se révèlent impossibles à mettre en œuvre et tournent le dos à l’ambition de démocratisation du second degré, où le gel du point d’indice nous est imposé pour la troisième année consécutive, où sous couvert de « rythmes scolaires » le Ministre envisage d’accroître notre temps de travail, que Chatel vient de rendre public un projet qui modifierait profondément les modalités d’évaluation des enseignants, des CPE et des COPsy.
Il veut aller très vite. En témoignent la rédaction très avancée des projets de décret et d’arrêté, et sa volonté d’en conduire l’examen lors d’un Comité Technique Ministériel (CTM) avant Noël, pour une application dès la rentrée 2012.

CE QUI EST PRÉVU :
- La fin de la double évaluation chiffrée (administrative et pédagogique) ;
- Un rythme d’avancement d’échelon identique pour tous, correspondant au rythme actuel de l’ancienneté ;
- Une évaluation, triennale, de tous les aspects de nos métiers y compris pédagogique, par le seul chef d’établissement, donnant éventuellement lieu à une accélération de carrière ;
- Le gel de toute promotion d’échelon, hors ancienneté, pour la période 2012-2015.

Les positions des organisations syndicales du second degré étant différentes, voire divergentes, sur ce qu’il conviendrait de faire pour améliorer l’évaluation de nos métiers, Luc Chatel a sans aucun doute choisi de repousser la divulgation de son projet après les élections professionnelles.
Après avoir organisé le sabotage de ces élections, il persiste dans la voie de l’agression de nos métiers et du passage en force. Toutefois, en la matière, ses spéculations sur la division syndicale restent vaines : son projet recueille le rejet unanime des organisations syndicales du premier comme du second degré, du public comme du privé. Il y a là un signe qui ne trompe pas, il y a là un signe de l’urgence pour la profession à se saisir de ce dossier et à agir.

Personne n’est dupe, il ne s’agit en aucune façon d’améliorer l’évaluation des personnels mais bien d’introduire dans les établissements scolaires des méthodes de management importées du privé.

Il s’agit pour cela d’accroître, encore une fois, jusqu’à le rendre démesuré, le rôle et le pouvoir du chef d’établissement dans un contexte d’autonomie renforcée des établissements. On sait à quel point le renvoi au local est utilisé pour imposer la mise en œuvre de réformes contestées par les personnels.

Renforcer le pouvoir du chef d’établissement, comme souhaite le faire le Ministre, lui donner les pleins pouvoirs sur l’ensemble de l’évaluation des personnels ainsi que sur le déroulement de leur carrière revient à le doter d’un véritable outil de management visant la docilité et la mise au pas des personnels.
Cela conduirait, à coup sûr à une mise en concurrence des personnels entre eux au sein même de l’établissement, puisque le chef d’établissement devrait repérer un contingent limité (à 30%) de « très » méritants bénéficiant d’accélérations de carrière plus conséquentes, de « moyennement » méritants (50%) bénéficiant d’accélérations moindres, les autres avançant à l’ancienneté.

Les conséquences en sont connues : souffrance au travail, stress, isolement et perte du collectif. France Télécom est l’entreprise publique qui a inauguré ce type de gestion des ressources humaines, avec le succès que l’on sait. Au final un mode de gestion complètement contre-productif, dans le meilleur des cas.

Ce projet est donc totalement inacceptable. Il constitue une agression majeure contre le sens même de nos métiers et celui de l’Ecole. Il donne au chef d’établissement des pouvoirs exorbitants de nature à modifier en profondeur les relations au sein des établissements et la façon dont nous exerçons nos métiers. Ne nous y trompons pas, si nous ne parvenions pas à mettre en échec le Ministre, tout le monde serait perdant individuellement et collectivement.

L’engagement de toute la profession doit être effectif. L’intersyndicale du second degré (CGT Educ’action, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SNALC-CSEN, SNCL-FAEN, SNES-FSU, SNEP-FSU, SNUEP-FSU, SNLC-FO, SUD Education) appelle les personnels à se réunir dans les établissements pour s’emparer de ces questions, à signer la pétition en ligne et à préparer UNE GRÈVE MASSIVE LE JEUDI 15 DÉCEMBRE.

L’exemple de la lutte menée en 2006/2007 contre les décrets Robien (grèves, pétition, refus de toute activité en dehors des obligations statutaires,…), montre que seul le rapport de force établi par les personnels peut mettre en échec de telles volontés.

Le projet du Ministre : explication de texte

Un seul évaluateur, le chef d’établissement !
Le cœur du métier enseignant, c’est-à-dire l’enseignement d’une discipline devant les élèves et les activités pédagogiques qui l’accompagnent, ne serait plus évalué par les IPR, recrutés et formés pour cela dans la discipline des collègues qu’ils inspectent. Le chef d’établissement n’étant nullement compétent pour évaluer cette dimension pourtant centrale, ce qui de fait deviendrait premier, ce n’est plus la capacité des enseignants à faire acquérir savoirs et compétences à leurs élèves, mais tout ce qui est périphérique à l’acte d’enseigner. C’est là une remise en cause profonde du sens de nos métiers mais aussi du rôle même de l’Ecole envers les élèves dans la mesure où l’appropriation et la maîtrise de connaissances seraient minimisées.

Une progression de carrière dans les mains du chef d’établissement !
Tous les enseignants avanceraient à l’ancienneté mais le chef d’établissement aurait le pouvoir de distribuer à certains des mois d’accélération de carrière. Si la mécanique de ce système reste floue, une chose est sûre, d’ores et déjà tous les personnels ne sont pas méritants, puisqu’il est prévu un contigentement des promotions à distribuer ! On n’imagine pas sans frémir le climat délétère qui pourrait alors s’installer dans les établissements.

Hold-up sur les promotions 2012-2015 !
Sous prétexte de période transitoire -méthode de margoulin- le projet ne prévoit, pour la période 2012-2015, aucune procédure d’avancement d’échelon autre que l’avancement au rythme le plus défavorable : l’ancienneté. C’est l’effet le plus immédiat de ce projet pour ceux, nombreux, qui pouvaient espérer une promotion au choix ou au grand choix au cours des trois prochaines années. S’ajoutant au gel de la valeur du point d’indice, c’est clairement une nouvelle attaque contre notre pouvoir d’achat.

Ce que propose le SNES-FSU

Si le système d’évaluation actuel (notations, administrative et pédagogique, chiffrées) n’est pas exempt de défauts (retards d’inspection pénalisants, diversité des évaluateurs), il n’en comporte pas moins certaines garanties. En premier lieu il offre un cadre commun valant pour tous les établissements. Actuellement, chacun peut contester devant la CAPA sa notation administrative en se basant sur des critères objectifs (référence à une moyenne gommant la diversité des évaluateurs, débats contradictoires), cela sera bien plus difficile, aléatoire, voire illusoire, quand il s’agira de contester un avis. Quant à la notation pédagogique elle fait l’objet d’une harmonisation entre disciplines, certes imparfaite, mais permettant un cadre de références communes.

Pour le SNES-FSU, notre évaluation doit être déconnectée de notre avancement celui-ci devant se faire au rythme actuel du grand choix dans le cadre d’une grille indiciaire rénovée et améliorée. L’inspection pédagogique doit être recentrée sur le conseil et l’accompagnement des personnels et des équipes. Notre temps de service hebdomadaire de 15h ou 18h doit intégrer des heures de concertation pour le travail en équipe. Voilà de quoi améliorer les performances du système éducatif, voilà de quoi recréer le collectif tant nécessaire aujourd’hui dans les établissements, voilà de quoi recréer une dynamique positive dans la perspective d’une nouvelle étape de démocratisation du second degré. Force est de constater que ce message n’a pas encore été entendu. Les personnels l’ont pourtant clairement adressé au Ministre en confiant la majorité absolue de leurs suffrages aux listes du SNES-FSU lors des élections professionnelles d’octobre. Il s’agit donc de continuer à donner de la voix, dans l’action, mais aussi en se syndiquant.